Le festival de la source anonyme

En octobre dernier, la journaliste Margaret Sullivan était l’invitée de Marie-Louise Arsenault à l’émission Dans les médias de Télé-Québec. Mme Sullivan, qui a récemment quitté le Washington Post, et qui vient de publier ses mémoires, a notamment laissé sa marque comme ombudsman au New York Times, de 2012 à 2016. Au cours de ce mandat, elle a démontré une remarquable indépendance et beaucoup d’opiniâtreté. Elle n’avait pas peur d’aller au fond des choses, de brasser la cage, d’enquêter à l’interne, de critiquer non seulement ses collègues reporteurs, mais aussi la hiérarchie, lorsque nécessaire. C’était, par moments, spectaculaire.

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Coup de Point

Et voilà. Un scandale de fabrication de plus. Et pas un petit. Après USA Today il y a quelques jours, c’est Le Point, en France, qui enfile son cilice, après avoir retiré un papier publié le 22 juin dernier. « Tout était faux » a admis le magazine[1]. « Une affaire montée de toutes pièces : fausse victime, fausses preuves, fausse adresse, faux échanges »[2]. Au moins, c’est clair. Chez le concurrent Mediapart, on n’y est pas allé avec le dos de la main morte : « Le Point [est] un journal accro aux fausses infos… Un fiasco de plus pour la direction de la rédaction, qui a une fâcheuse tendance à publier ses informations sans les vérifier »[3].

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D’une chose à l’autre: Smorgasbord estival

Deux études ont eu droit ces jours derniers à quelques lignes dans les médias, sur le sujet délicat, mais en bonne voie d’épuisement, de la confiance du public envers la presse. La première, en provenance de l’Université Laval[1], a été qualifiée de « réconfortante » par des commentateurs quelque peu jovialistes[2], impressionnés que 67 % des « adultes québécois » fassent « assez [49 %] ou totalement [18 %] confiance » aux médias. Dix jours plus tard, selon une autre étude, on apprenait que la confiance était en chute libre, étant passée à 47 % chez les francophones et à 39 % chez les anglophones[3].

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Contexte : quel avenir pour les conseils de presse ?

Je suis resté sur ma faim en lisant une entrevue avec la présidente sortante du Conseil de presse, Paule Beaugrand-Champagne[1], publiée dans la section « contexte » de La Presse. Pourtant, les temps sont durs pour les conseils de presse, ici et ailleurs, et il y a beaucoup à en dire. Les temps sont durs, en fait, pour tous ceux qui, comme Mme Beaugrand-Champagne, ont « la passion de l’information bien faite ».

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Ni faux ni vrai, bien au contraire

On le sait, on en parle à l’occasion, une bonne partie du public éprouve des doutes à l’égard de l’information que lui fournit la presse. Les médias méritent-ils notre confiance ? En d’autres termes, avons-nous raison de douter ? C’est le point de départ de mon nouveau livre, INTOX, journalisme d’enquête, désinformation et « cover-up », publié chez Québec Amérique.

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Mise à jour, ou « cover-up » ?

Couvrir les résultats financiers des entreprises à capital ouvert n’est pas tâche facile et demande beaucoup de rigueur. Les chiffres peuvent a priori sembler mauvais, mais s’ils le sont moins que prévu, ou si le problème est circonstanciel, les nouvelles peuvent en fait être bonnes, voire excellentes ; les chiffres peuvent parfois sembler bons de prime abord, mais s’ils le sont moins qu’attendu par le marché, ou si l’amélioration résulte d’un gain exceptionnel, non relié aux opérations, ils peuvent indiquer un souci, parfois important. Bref, dilettantes, s’abstenir.

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Des croûtes à manger

Le récent « rapport annuel 2021 » de La Presse n’a rien d’un rapport annuel au sens habituel du terme, et tout de la brochure publicitaire. L’essentiel du contenu, outre les prévisibles messages d’autosatisfaction de la direction, est une banale revue de l’année, une sorte de Bye Bye 2021. Les « vraies affaires », de celles qu’on trouve normalement dans un rapport annuel, brillent par leur absence. Sur le plan de la transparence et de la reddition de comptes, La Presse a encore des croûtes à manger.

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Il y a 50 ans: les Pentagon Papers

 

Il y a 50 ans, le dimanche 13 juin 1971, le New York Times publiait le premier d’une série de dix articles sur l’histoire de la guerre du Vietnam, alors toujours en cours. L’affaire des Pentagon Papers est devenue un point tournant dans l’histoire de la presse lorsque le gouvernement a ordonné au quotidien de cesser immédiatement la publication, au nom de la sécurité nationale. Le New York Times a refusé et l’affaire s’est transportée vers les tribunaux, qui ont dans un premier temps ordonné la suspension temporaire de la publication. La décision ultime de la Cour suprême, le 30 juin, a cristallisé le principe de la liberté et de l’indépendance de la presse. C’est du moins l’idée générale que l’histoire a retenue.

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Dans la bonbonnière médiatique

L’entrevue réalisée par Stéphan Bureau avec le professeur Didier Raoult le 26 mai dernier[1] a fait un peu de bruit ces derniers jours. Pour certains, il ne fallait pas donner de temps d’antenne à M. Raoult et pour d’autres encore M. Bureau est passé un peu vite sur ce qu’il a appelé les questions qui fâchent. Mais étions-nous dans la sphère journalistique, ou dans une bonbonnière médiatique comme il y en a beaucoup, où l’on se lance des ballons de plage en échangeant des propos plaisants ? M. Bureau aurait été prévenu que mener cette entrevue entraînerait des risques pour sa carrière, mais de quelle carrière s’agit-il — journaliste, animateur, communicateur, producteur d’humour ou globe-trotter du dimanche ?

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Subway et Marketplace : affaire à suivre

 

La chaîne de restauration rapide Subway pourra finalement poursuivre en diffamation l’émission d’enquête Marketplace, de la CBC, à qui elle entend réclamer plus de 200 millions de dollars. Le 18 janvier dernier, la Cour d’appel de l’Ontario a renversé la décision d’un premier juge, qui avait estimé qu’il s’agissait d’une poursuite-bâillon et plutôt condamné Subway à payer 500 000 $ à la CBC. Selon Marketplace, le poulet qu’on trouve dans les sandwiches de Subway « pourrait » être composé à près de 50 % de protéines de soya, ce que l’entreprise nie vigoureusement. La cause pourra donc aller de l’avant. En parallèle, au Québec, un recours collectif a été autorisé, au nom de tous ceux qui ont acheté un sandwich au poulet chez Subway entre 2014 et 2017.

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