Nommer les choses

La Presse a expliqué le week-end dernier que l’histoire des « 215 sépultures anonymes » de Kamloops, qui date de 2021, témoignait d’un « grand malentendu »[1]. Façon comme une autre de ne pas nommer les choses. Nous sommes en réalité devant un fiasco journalistique de première grandeur, dont les conséquences depuis trois ans ont été très lourdes. Jonathan Kay, un des rares journalistes capables de critiquer ses collègues, a écrit à ce sujet : « The faulty coverage has been a systematic failure across the entire Canadian journalistic landscape […] No single media outlet had any interest in walking back its previously published misinformation, because each could evade criticism simply by pointing to the (equally erroneous) work of everyone else »[2]. Bref, cette histoire en est une de journalistes qui ont très, très mal fait leur travail, et de patrons de presse qui n’ont pas fait le leur du tout.

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Entretien avec Alain Saulnier

Journaliste de métier, Alain Saulnier a dirigé le service de l’information à Radio-Canada de 2006 à 2012. Il a également enseigné le journalisme à l’Université de Montréal pendant une dizaine d’années. Il est l’auteur de Ici était Radio-Canada(Boréal, 2014) et Les Barbares numériques (écosociété, 2022). Nous nous sommes entretenus le 9 avril dernier.

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Gare aux sondages

« Selon un sondage dont les résultats ne peuvent pas être extrapolés, dont la marge d’erreur est inconnue, qui comportait des questions suggestives, et dont la plupart des répondants ne maîtrisaient pas le sujet… » Vous ne lisez pas une telle introduction souvent, n’est-ce pas ? Les sondages ne sont pas dénués de valeur, lorsque bien faits et bien présentés. Mais les médias font souvent fi d’un certain nombre de nuances et leur attribuent une importance exagérée, voire font passer des vessies pour des lanternes. Voici quatre questionnements, un petit florilège et quelques suggestions.

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Ceci n’est pas une porte

Tout ce qui concerne la sécurité aérienne m’intéresse. Quand surviennent incidents ou accidents, je veux comprendre, ou du moins en savoir le plus possible. Comme des milliers de personnes, je maîtrise quelques rudiments, de sorte que non seulement je veux comprendre, mais je peux comprendre. Le vendredi 5 janvier dernier, sur la côte ouest des États-Unis, un appareil de Alaska Airlines a subi une avarie inusitée, qui aurait pu avoir des conséquences tragiques. Un morceau de fuselage s’est détaché, avec pour résultat une ouverture béante dans la cabine. Personne n’a été gravement blessé. Il s’agissait d’un Boeing 737 de la série Max — un appareil et un constructeur qui vivent des années difficiles.

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Vade Retro Satanas

Il a encore été question, ces derniers mois, de la baisse de confiance envers les médias, parfois présentée — à tort — comme un problème qu’on vient de découvrir, et qui serait associé aux problèmes financiers des entreprises de presse. Ce déficit de crédibilité de la presse est un problème, bien sûr. Et il n’obtient pas l’attention qu’il mérite. Mais sa nature exacte n’est pas nécessairement celle que les médias semblent vouloir lui conférer. En effet, face à ce « problème » le réflexe des journalistes consiste souvent à évoquer le besoin « d’éducation aux médias ». Sous-entendu : le « problème », c’est que le public n’est pas à la hauteur. S’il « comprenait », bref s’il avait l’intellect requis, il réaliserait à quel point les médias font un travail impeccable. Autre sous-entendu : la presse ne fait jamais d’erreurs importantes ; donc, en corollaire, rien ne sert de se pencher sur la qualité de l’information comme source potentielle du « problème ».

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Chair à canon

Le silence médiatique qui accompagne la sortie de « La Cible », le nouveau livre de Marc-François Bernier, n’est pas étonnant. Ce n’est pas d’hier que la presse fuit toute discussion susceptible de remettre en cause son omnipotence. Bernier, professeur à l’Université d’Ottawa, spécialiste de la déontologie et de la sociologie du journalisme, décortique minutieusement une enquête de Radio-Canada diffusée en novembre 2013. On comprend à la lecture que le reportage et ses suites ont brisé la carrière du Dr. Alain Sirard, et vraisemblablement contribué à son suicide en 2016. Cette « contre-enquête sur la maltraitance médiatique » montre qu’un reportage, dont l’auteur explique qu’il dérogeait aux normes professionnelles, peut aisément se retrouver en ondes. Elle montre aussi les suites qu’il peut avoir sur les réseaux sociaux, les conséquences néfastes qu’il peut engendrer, et enfin, à quel point les médias refusent toute forme d’autocritique et d’imputabilité.

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«Parasites sensationnalistes»

« Parasites sensationnalistes » : c’est l’expression utilisée par un juge de la Cour supérieure de l’Ontario au sujet des artisans d’un reportage de l’émission d’enquête The Fifth Estate de 1996. Les « cibles » : Santé Canada, la mal aimée, et un médicament, la nifédipine. Les dommages collatéraux : deux médecins qui n’avaient rien à se reprocher, dont la carrière a été ruinée. Le « documentaire » en question n’aurait pas résisté à une analyse déontologique minimalement sérieuse. Pourtant, notre vénérable CBC a persisté et défendu son « travail » à la vie à la mort devant les tribunaux. Voilà un morceau d’anthologie qui mérite qu’on s’en souvienne. Il témoigne avec éloquence de techniques journalistiques qui n’ont pas disparu, et qui nous rappelle que la prudence, voire un regard critique, sont toujours de mise à l’égard des médias.

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C-18: une patente à gosse ?

Que de cris d’orfraie ces jours-ci au sujet des Facebook, Google et autres « géants numériques » et de leurs relations avec les entreprises de presse. Le bilan « social » des réseaux dits « sociaux » n’est certes pas très édifiant, et les pratiques des susdits géants soulèvent bien des questions, mais on peut tout de même se demander si la « Loi concernant les plateformes de communication en ligne rendant disponible du contenu de nouvelles aux personnes se trouvant au Canada » (ouf) est une patente à gosse. J’en ai en tout cas la nette impression, et je ne suis pas le seul. On peut aussi se demander, a priori, si les hurlements qu’on entend ne sont pas un peu exagérés. À lire certains, la civilisation occidentale vacillerait sur ses bases parce que les « nouvelles » pourraient devenir introuvables sur Facebook.

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Anonymous Sources Strike Again

On March 22, Global News had a scoop headlined: “Liberal MP Han Dong secretly advised Chinese diplomat in 2021 to delay freeing Two Michaels: sources.”[1] The story was based on statements from two “separate” unnamed “national security” sources. Not much was said in the piece about the sources and their motives for going public two years after the fact. Neither do we learn anything compelling about their vantage point. Key quotes are indirect and attributed to both sources. The story may be true, perhaps unimpeachable, but Dong, who has now left the Liberal caucus, says it is false, and others have raised valid questions and expressed doubts[2]. Dong’s denials duly appear in the story, and he claims that he called for the “immediate release” of the two prisoners. Dong now wants to sue Global News to “clear his name.” Are we in for another sequel in the perennial Anonymous Sources Saga?

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Après la Chine, Israël? Qui a embauché Jorge?

Il est beaucoup question ces jours-ci dans nos médias de la Chine, d’où auraient été lancées des tentatives d’influencer les élections canadiennes. Supputations, déclarations outrées, demandes de commissions d’enquête. Comme plusieurs l’on dit, que de telles opérations aient été menées, en soi, et peu importe leurs résultats éventuels, constitue une véritable source de préoccupation. Le tapage est justifié. Mais vu cette intensité de l’indignation politico-médiatique au sujet de la Chine, je m’étonne que l’on ait à peu près ignoré le cas de « Team Jorge », rendu public à la mi-février, et qui nous concerne directement.

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